IV)L'ECONOMIE

A)L'AGRICULTURE

L'agriculture est la première des préoccupations quand le village approche de l'apogée de sa population. Nourrir cette population nécessite d'entreprendre très rapidement des réformes afin d'en finir avec les disettes. Il faut pour cela composer avec le manque de fertilité du sol qui est médiocre, argileux et de faible profondeur.

1)DONNEES STRUCTURELLES

a) Structure du terroir

Le cadastre[1] permet de connaître précisément l'occupation des sols à un moment donné.
tableau

La plus grande évolution est sans contexte l'effondrement de la culture de la vigne. Ces 14 ha de vigne qui subsistent ont en fait été plantés entre 1900 et 1904 et ne produiront vraiment qu'en 1915. Entre 1905 et 1914, les vendanges sont faites à Dours mais sur une surface de moins d'un hectare! Les terrains autrefois occupés par la vigne sont soit abandonnés et deviennent des landes, des bois taillis, ou sont transformés en terres, en vergers ou châtaigneraies. Les mutations et les crises intervenues dans les exploitations, dans la culture des terres labourables, de la vigne, dans l'élevage, dans la gestion des forêts, expliquent cette évolution.

b) Les exploitations agricoles

Les rôles des impôts fonciers nous apportent des indices sur la taille des propriétés[2]. Pour obtenir un semblable résultat avec le cadastre, il aurait fallu consulter les cadastres de tous les villages limitrophes.

Ce graphique montre pour l'année 1890 l'inégalité des tailles des exploitations. En dehors d'une "classe moyenne" composée d'environ 19 familles, qui paient entre 25 et 54 F d'impôts fonciers, 7 familles paient plus de 66F dont 5 plus de 100F. Ces 5 familles (Piarrot, Mailles, Charlas, Calotte, Peyanne) sont les plus riches depuis le début du siècle. Il existe 16 familles payant moins de 16 F. Ce sont souvent des familles créées par des cadets pendant la période étudiée. Leurs exploitations, qui sont souvent l'appoint d'un métier artisanal, s'agrandiront généralement entre 1890 et 1914. Elles se sont en effet endettées afin de se constituer des exploitations en tout comparables à celles des autres maisons. Elles ont acheté les terres des bonnes maisons qui déclinent, et au possesseur de l'ancien domaine seigneurial. Nous savons qu'en 1918, selon les propriétaires, les 39 exploitations (dont au moins six ne le sont qu'à temps partiel) du village comportent 231 ha, ce qui fait un moyenne de 5,9 ha. Le nombre des exploitations a diminué de façon importante. Il y en avait en 1866 48, 45 en 1872, et 34 en 1876. Leur nombre stagne ensuite à 39 en 1881, 37 en 1891, 36 en 1911, et 31 en 1921.

c) La main d'oeuvre

Les réquisitions en personnes ou en nature ont été largement pratiquées pendant la Révolution afin d'assurer l'intendance de l'armée. L'effort de guerre est aussi soutenu par neuf hommes réquisitionnés pour l'extraction de salpêtre. On a choisi pour cela ceux qui sont censés être "les moins occupés dans leurs propres biens."[3] Leur travail consiste à lessiver la terre afin d'en extraire le salpêtre. Les barriques et comportes réquisitionnées elles aussi sont portées à Tarbes par des propriétaires "sous peine de payer amende"[4]. Chaque communauté du département était tenue en l'an III de fournir un ouvrier pour "les travaux de la récolte" "en pays conquis en Espagne"[5]. On choisit un cadet n'ayant aucune famille à charge. Ces réquisitions en hommes et en nature ont pesé sur l'agriculture locale pendant quelques années. Après cette période difficile, vient un temps où la population augmente, et où les bras sont nombreux pour mettre en valeur le terroir. Les tableaux du chapitre III montrent cette évolution, due à la fois à l'émigration et à un excédent naturel[6]. En 1834, une délibération du conseil municipal fait mention de nombreux défrichements[7]. Entre 1841 et 1856, où la population stagne autour de 270 habitants, la main d'oeuvre est nombreuse. L'émigration en masse prive ensuite les propriétaires de cette ressource humaine[8]. On fait couramment appel à des domestiques quand la famille n'est pas assez nombreuse. On s'en prive volontiers quand on a trois enfants.

Tableau du nombre de domestiques

Après 1911, le nombre de domestiques baisse fortement. Le déclin de la culture de la vigne, le progrès des bois et des landes font que l'on en a moins besoin. Aussi, les propriétaires en ont moins les moyens, car la guerre a fait progresser les salaires.

La guerre en 1914, entraîne une crise de la main d'oeuvre. On a cru au début qu'elle serait courte. On a dit au père de Marie Lozac'h: "T'en fais pas, on va te rentrer ton blé, dans trois jours tu seras là[9]". 11 hommes mobilisés sont repérés sur le registre de délibérations, de 1914 à 1919. La guerre durant, en l'absence des hommes, beaucoup de femmes prennent la tête de l'exploitation familiale. "Ma mère a pris la charrue. Il n'y avait pas de brabant à ce moment là, y avait pas de tracteur... Maman a pris la charrue, elle y a laissé toute sa santé".[10] Cependant, "Il y avait quelques hommes qui n'étaient pas partis à la guerre, ils aidaient un peu comme ils pouvaient. Il y avait le vieux M., qui aidait beaucoup les femmes. Tous les hommes étaient à la guerre. Il restait les vieux"[11].

d) Systèmes de faire-valoir

-Le métayage est une exception dans ce terroir constitué de petites propriétés. Les familles Sempé et Gros font valoir leurs terres issues de l'ancien domaine seigneurial par des métayers mais aussi par des fermiers. La maison "Pierrot" est en 1848 assez aisée pour confier une partie de son bien à des métayers (pour qui on construit la maison "Bourdalè", qui sera le point de passage obligatoire pour les immigrants italiens), comme la famille Mailles en 1860. Le métayage, comme le fermage, rapportent moins avec la crise qui commence en 1873. Comme "la terre n'est plus considérée comme source de prestige"[12], les propriétés bourgeoises sont démembrées: Mme de Meynard, héritière des 82 hectares subsistant de l'ancien domaine seigneurial, face à son faible rapport, vend 78 hectares de bois et de terres entre 1886 et 1903. La famille Sempé, qui possède 14 hectares à Dours en 1873 se désengage, et n'en conserve que 3. La famille "Mailles", dont l'héritier est devenu médecin à Lannemezan, qui faisait exploiter sa propriété par des métayers vend la plupart de ses terres entre 1896 et 1914, puis sa maison.

-La location de terres auprès de cadets installés en ville ou de femmes seules permet à quelques cultivateurs d'agrandir leur exploitation. Mais la totalité d'entre eux possède des terres.

-On recense peu de brassiers[13], mais on peut aisément penser que ceux qui ont le moins de terres soient obligés de louer leurs bras ailleurs.

-L'essentiel des terres sont l'objet d'un faire-valoir direct, ce qui crée un lien entre les cultivateurs et leur terre. "Ils tiennent d'autant plus au sol qu'il est plus ingrat et qu'il leur demande plus de sueur, plus de fatigue pour suffire à son entretien."[14]

e) Les cultures

"Les principales cultures sont celles du blé, du maïs, de la vigne, des pommes de terre et des prairies. La culture du maïs domine, surtout dans les terres fertiles[15]". On cultivait "blé ("lou blat"), maïs ("lou milhoc"), pommes de terres ("la mandorro"), pour sa provision. S'il y en avait de reste, on en vendait un petit peu, mais à petits sacs, au marché de Tarbes."[16] Les terres fertiles se situent au pied du coteau. La vigne est cultivée sur le coteau. "Les prairies naturelles s'étendent exclusivement sur les rives de l'Alaric, de l'Aule et du Loulès". "La terre labourable occupe environ la moitié de la surface totale cultivée, les vignes le tiers et les prairies le sixième." "Les cultures du blé et de la vigne et du maïs dominent. Elles sont la base du commerce local, la dernière en servant à l'élevage des bestiaux qu'on porte ensuite sur les marchés"[17].

f) Le réseau de chemins

"Une loi de 1824 autorise les maires à recourir aux prestations en nature pour empierrer les chemins. Elle fait murmurer car on la rapproche des corvées d'Ancien Régime."[18] Ces corvées existent encore à la fin de la période. Cela n'empêche pas le très mauvais état du réseau dont se plaint souvent le maire, qui déclare en 1837 que "notre commune est située dans un pays de côtes dont les chemins sont entièrement dégradés tous les ans par les eaux pluviales, difficiles à réparer et malgré les grandes réparations que nous y faisons tous les ans, nous ne pouvons pas parvenir à les rendre dans un état de viabilité". Eugen Weber a observé que "pendant tout le XXe siècle, on s'est plaint de l'état des routes vicinales: elles étaient creusées d'ornières profondes et boueuses"[19]. L'amélioration des chemins vicinaux viendra avec " la loi du 11 juillet 1868, "véritable charte des chemins vicinaux" [qui] accordait aux communes une subvention de 100 millions, payable en 10 annuités à partir de 1869."[20]

2) LES TERRES LABOURABLES

a) Les systèmes d'assolement

Une enquête demandée par le ministère de l'Intérieur est une mine de renseignements sur l'agriculture dans l'arrondissement de Tarbes en 1812. Celui qui répond à cette enquête a toujours distingué la plaine des coteaux, qui sont "la partie la plus pauvre de l'arrondissement".Dans la plaine où les terres sont riches, y compris à Chis, l'assolement s'effectue sans jachère. La première année, les terres sont occupées par du froment ou du seigle, et seules les terres de première qualité ne sont pas fumées. La seconde année, leur succède le maïs, introduit en Bigorre en 1700, qui n'est pas fumé. Ces terres sont très rentables et procurent aux habitants de la plaine une certaine aisance, qui se distingue notamment dans la qualité de leur habitat.Dans la région des coteaux, l'assolement est triennal avec jachère.

"La première année, on sème du froment, du seigle, ou de l'avoine ["la siouado"[21]]. On marne souvent, et l'on fume, tout à la fois".

"La deuxième année, à ces plantes, succède le maïs, pour lequel on fume encore, mais moins".

"La troisième année, la terre repose".

La jachère, vu la faible qualité de la terre, est employée une année sur trois. Mais "dans les terres les plus ingrates, on fait rigoureusement alterner le repos et la récolte,"[22] c'est à dire que l'on applique l'assolement biennal avec jachère.

L'orge, "lou baillard", et le millet sont eux semés "la même année, sur la même terre". L'orge est semé en mars, et récolté en juillet, le millet succède en juillet à l'orge, et est récolté en octobre.

Le lin, dont on se sert pour tisser des toiles grossières qui peuvent entrer dans la confection de draps ou d'habits, occupe en général "le soixantième d'une exploitation rurale. Parfois, le lin d'été remplace l'orge. Le lin d'hiver, quand à lui "occupe la terre qu'aurait occupé le froment, et autant de temps", mais exige plus d'engrais."[23]

En 1859, le questionnaire agricole recense 148 ha de terres labourables cultivées, et 33 ha de "jachères mortes." Cette dernière est faible, ce qui laisse penser que la jachère recule, ou que l'emploi de cultures dérobées est substitué à la jachère morte.[24]

"Les procédés de culture sont [en 1887] assez bien compris, quoique sur bien des points la routine ait encore des traces: On use des assolements triennaux et des jachères dans les terrains peu fertiles. On sait faire succéder une plante épuisante à une plante qui ne l'est pas et réciproquement"[25].

Il semble donc d'après l'instituteur que l'assolement triennal avec jachère se limite en 1887 aux seules terres ingrates. L'assolement sans jachère, employé seulement en plaine en 1812 se serait répandu grâce aux engrais, et au fumier.

Surface en hectares de chaque culture[26]
tableau

Suite au déclin de la vigne, les agriculteurs se recentrent sur l'élevage qui tend à la remplacer dans son rôle d'appoint financier.Ils ont besoin pour cela de maïs, de plantes fourragères et de prairies artificielles. Ces plantes sont le trèfle, le trèfle incarnat, la luzerne, les betteraves fourragères, qui sont préférés à l'orge. Grâce à ces productions, on a réussi à élever plus de bétail. Le fumier de celui ci, ajouté aux engrais, n'ont pas cependant permis de faire disparaître la jachère morte. Le peu de plantes fourragères ne sont pas plantées entre le maïs et le blé, mais dans des terres distinctes. L'assolement triennal reste la règle jusqu'après la deuxième guerre mondiale[27]. C'est à ce moment là que s'est déroulée à Dours la vraie révolution agricole. La culture du blé croît de 15 ha. Cette augmentation se fait aux dépens du méteil (seigle mélangé avec du froment) qui diminue de 18 ha et du seigle qui en perd un [on a moins besoin de sa paille, qui, de bonne qualité, "fournit [entre autres] le chaume des toits"[28] avec la disparition de ce type de couverture]. Le méteil servait en 1864 de salaire au gardien des porcs. A raison d'une 1/2 mesure (1 dal) par animal gardé[29], en admettant qu'une bonne partie des 92 porcs[30] lui était confiée, cela fait quelques hectolitres que les habitants n'auront plus besoin de produire en 1903, après la disparition de ce "fonctionnaire". L'alimentation est améliorée par la pomme de terre dont la surface est multipliée par cinq. Cette dernière, demande beaucoup de travail et est appelée dans certains villages du département "le pain des pauvres"[31]. L'avoine stagne. La hausse du nombre de chevaux (ils sont 19 en 1844, 21 en 1866, et 35 en 1903) s'est accompagnée d'une baisse d'un cinquième de la surface ensemencée en avoine. Il y a peut-être eu entre temps des gains en rendement qui ont permis cela. L'ouverture sur le monde extérieur est caractérisée par l'abandon du lin. On fait dorénavant appel à l'"importation" pour certains textiles.

b) La préparation du sol

-Les labours

Araire dont on se servait à Dours avant la charrue
conservée à l'"Auberge du château" à Dours

Le labour se faisait avec "l'araire, très simple et très ancien. Suivant une expression consacrée, il ne faisait que "gratter" le sol, sans pénétrer "au-delà de 6 pouces". Le travail avec l'araire est lent, pénible, et même dangereux".[32]

Cinq labours étaient nécessaires en 1812 pour un champ destiné aux céréales, dans la région de coteaux, alors qu'il n'en fallait que trois dans la plaine.


Scènes de labour

La première photographie a été prise dans les années 1920, la seconde après la deuxième guerre mondiale.

La région des coteaux demande un labour en planches bombées, et non pas unies comme dans la plaine.[33] Le billon, "exhaussement du sol provoqué par certains labours en adossant les bandes de terre retournées les unes contre les autres"[34] est nommé à Dours "arrego" [arrega], et correspond à quatre passages de la charrue, et mesure environ 60 cm de large. Certains champs contigus, appartenant à des propriétaires différents, non séparés par un fossé et une haie, sont délimités entre les deux propriétaires par leur nombre d'"arrego"[35]. La traction de la charrue est assurée en majorité par des boeufs au moins jusqu'à 1866. La vache s'imposera par la suite; elle domine au début du XXe siècle. La charrue, appelée "cabesso" est au début du XXe siècle une "petite charrue avec un seul soc, qu'on tient à la main, toute en fer. Il y avait une pièce qu'on appelait le couteau "lou couteth". Le carré "lou carrat" [au bout du soc], c'était une longue barre comme ça, aiguisée des deux bouts, et de temps en temps on le portait au forgeron pour le faire aiguiser: c'était ça qui coupait la terre, et puis il y avait un soc [versoir] qui jetait la terre" et un coutre appelé "la ségo"[36].


Détail d'une charrue

Elle a été remplacée après la deuxième guerre (un peu avant chez certains) par le "Brabant", et l'"arrego" [arrega] par le labour à plat, non sans la réticence des anciens.[37]

Le rouleau, "grand rouleau de bois comme un gros chêne, avec un essieu au milieu, et deux montants, "devait tasser la terre, et mieux, briser les mottes"[38]. C'est à Lescurry, village limitrophe de Dours, "un gros cylindre en bois, fait d'un arbre mobile autour d'un axe et monté sur un châssis auquel est adapté un timon. On le fait rouler sur les mottes qui s'écrasent sous son poids".[39]

La Herse est au début du siècle "un petit carré en bois où on avait planté des piocs en fer; on se la faisait! On achetait les piocs, ils étaient boulonnés, on attachait ça avec une chaîne et on tirait ça avec une vache"[40].


Herse traditionelle

On l'emploie pour niveler le terrain. Le maïs nécessite le passage de la "herse dans les deux sens", avec le labour à plat.[41] On emploie aussi la herse à Lescurry, pour soulever les mottes afin de les soumettre "de nouveau à l'action écrasante du rouleau,"[42] après un premier passage.

-Les engrais

L'emploi du marnage dans la région des coteaux est attesté en 1812 (voir plus haut), ainsi que la fumure[43]. La marne est à Dours extraite dans les marnières communales. Une partie de "la fumure se limite à faire pacager les animaux sur les terrains avant le passage de la charrue."[44] A Lescurry, "les fumiers de vache et de cheval sont les plus fréquemment employés, et, comme ce dernier n'est produit qu'en petites quantités, nos agriculteurs s'adressent aux casernes d'artillerie de Tarbes où on leur vend du fumier chaud bien approprié au sol froid de Lescurry".[45] Ensuite, "pour enfouir le fumier, un nouveau labour est effectué"[46]. On apprend en 1887, que "depuis peu, on s'est avisé d'augmenter la fertilité des terres en y jetant des engrais chimiques en rapport avec la nature du sol et la plante à semer. Le bon effet de ces engrais auxquels les préjugés de la routine empêchaient de croire, a ouvert les yeux des agriculteurs, ils prodiguent aujourd'hui ce "fumier artificiel" et n'ont qu'à se louer des résultats"[47]. Les phosphates chimiques qui constituent une "révolution en agriculture" se développent à grande échelle à partir de 1870. On les appelle "superphosphates" ou "super"[48]. L'instituteur de Lescurry écrit dans sa monographie que "l'usage de phosphates de chaux de la maison Jalle d'Agen tend [...] à se propager.[49]

c) Les semailles et l'entretien des cultures.

La culture du blé

Dans le cadre de l'assolement triennal, pour le blé, le seigle, l'avoine, "un premier labour se fait en avril, un deuxième en juin, après quoi le plus souvent on fume; un troisième à la fin de septembre, et l'on sème en octobre et novembre, en billons de quatre sillons [après avoir hersé pour niveler le terrain][50]. A Dours, ces labours sont appelés "dechouca" [dessouca], "traouersa lou camp", car il se fait en travers, et "lou dus souc" (les deux socs)[51]. Des conduits pour les eaux pluviales sont pratiqués à travers les champs, là où la pente du terrain le demande"[52]. Le proverbe dit: "la cabelière aouant Saint-Miqueou, bounas embouterres". Cela veut dire que lorsque la cime des montagnes est blanche avant la Saint-Michel, il fait un bel automne, et donc que les semailles du blé ("embouteres"), seront bonnes. "Dans tout le département, les semailles sont effectuées à la volée. Ces opérations sont réalisées à la fin de l'automne avant le 11 novembre ("Qui n'a pas ensemencé à la Saint-Martin, ne le fera pas sans douleur" dit le proverbe)"[53]. "On sème les blés ordinairement en novembre[54]", à Chis. A Dours, semer les blés, ("bober"), se fait 8 jours avant et après la toussaint. Les grains sont jetés à la volée sur une largeur de cinq "arrego" [arrega] appelée "uo tiro" [ua tira], et qui doit faire environ 3 mètres de large[55]. "La plupart des céréales sont [en 1887] coupées à la faux ou à la faucille". "Néanmoins, [...] il y a des propriétaires qui ont déjà commencé à faire l'usage de faucheuses."[56]>Le battage traditionnel se faisait "en plein air, pendant la belle saison, sur une aire recouverte d'une bouse de vache, "ce qui donnait en séchant une surface unie et résistante."[57] "On bat les blés [en 1887] au moyen de batteuses. L'usage du fléau a presque complètement disparu; on ne le trouve que chez les propriétaires dont la quantité à battre est insignifiante."[58] Les chaumes qui subsistent après la moisson sont laissés aux porcs. Avant la culture du maïs, on effectue le labour "dou Bareilh"[59], c'est à dire de la jachère.

La culture du maïs

Avec le labour bombé ("arrego"), on sème le maïs au mois de mai. On appelle cela "semia lou milloc à l'echtaco" [estaca], c'est à dire en faisant un trou avec un petit pieu, et en y enfouissant le grain que l'on a dans les poches[60]. Après l'arrivée du "Brabant" et du labour à plat, et une fois l'"arrego" abandonné, on a utilisé le marquoir, "lou marcadet", pour "quadriller le sol". "A chaque intersection on place les grains de maïs qu'on recouvre ordinairement au moyen du pied"[61]. On associe toujours au maïs le haricot, "mounyeto" [monjeta] dont le rendement est assez important. "Lorsque le maïs a atteint 10 à 15 cm, on le bine, ["passar lou dussouc au maïs"[62]], et plus tard on le bute[63] avec "un instrument particulier appelé Razerolle" en 1866 et "Raserot" en 1812. "Il est communément traîné par des boeufs; il est tel que la charrue, sinon que le soc a la forme arrondie d'un croissant, lequel passant entre les rangs des tiges du maïs, en chausse le pied en renouvelant le sillon"[64]. Cette action est appelée "amanta lou milloc". Cet instrument est connu à Dours au début du siècle sous les noms de "la rasero" [rasera], ou "lou raserot". Cette distinction est peut être due à une différence de taille. Il ne sert alors plus qu'à arracher les pommes de terre[65].


"Lou raserot"

Quelque temps avant la récolte, on a soin de couper les sommités des tiges qu'on donne aux animaux. Cette action hâte la maturité du maïs en facilitant l'action du soleil"[66].

f) La crise de la céréaliculture

Les nombreuses calamités qui entraînent des dégâts dans les cultures, sont difficilement supportables. L'ouragan de juillet 1843, la crue de l'Alaric en 1875, la sécheresse de 1893, les pluies diluviennes du 10 et 11 juin 1895, ainsi que la grêle assez régulièrement, ont donné suite à des demandes de secours. En 1867, "suite au défaut des dernières récoltes, quelques [Doursois] sont obligés même de recourir à des emprunts pour se procurer les moyens de subsistance".[67] En plus de ces calamités, qui sont souvent, certes, des prétextes à des demandes de secours, la céréaliculture est confrontée à une chute des prix des céréales. "le quintal de blé qui avait souvent dépassé 30 francs sous l'Empire, passe de 29,4 francs pour les années 1872-1876, à 20 francs pour les années 1892-1896, après s'être effondré à 18,2 francs en 1895"[68]. Cette crise s'ajoute à celles qui touchent le vignoble pendant cette période.

g) La production

Il est difficile de connaître l'évolution des rendements des céréales, car les sources manquent, ou alors sont peu fiables. Cependant, l'enquête de 1859, comparée aux statistiques agricoles que nous possédons pour le début du XXe siècle, permet de comparer les productions par hectare de certaines céréales. Pour que ces chiffres aient le plus de crédibilité, nous ne prendrons que ceux des deux céréales les plus cultivées: le blé et le maïs. Le blé cultivé à Dours, en 1859 comme en 1918 est le blé d'hiver. En 1859, les 65 hectares ensemencés avec cette céréale ont donné chacun 10 hectolitres de grains[69]. La moyenne des années 1903, 1905, 1906, 1907, 1908, 1909, 1910, 1914, 1915[70], pour 80 hectares, est elle de 10,44 hectolitres par hectare. Ce chiffre, comparé aux rendements moyens à l'hectare en 1913 en France (13,5), en Allemagne (20,6), ou en Belgique (24,5)[71], montre que Dours est en retard pour cette culture. Seules l'Italie et l'Espagne font moins bien (9,7 et 8,7 hl/ha). La récolte de maïs de 1859, qualifiée de très bonne, donne 10 hl/ha. La moyenne de 9 récoltes du début du XXe est à 12,44 hl/ha. Cela situe Dours dans la moyenne française en 1913 (11,9 hl/ha)[72], ce qui est compréhensible, car le climat y est favorable.

3) LA CULTURE DE LA VIGNE

a) La vigne avant le phylloxera

L'instituteur de Dours situe les vignes "sur le coteau où la terre est moins fertile". "Le flanc occidental de la colline, le terrain est caillouteux et très propre à la culture de la vigne qui y vient très bien et donne un vin de très bonne qualité"[73]. Il est difficile de dire quel types de vignes sont cultivés. Au début du XIXe siècle, il existe des vignes hautes et des basses[74], mais les hautins n'existent plus en 1887 à Louit[75], Oléac[76], à Chis[77], ni à "Ibos et Bordères sur l'Echez"[78]. Le 26 Nivose an II, [un habitant] "de Sarniguet déclare avoir acheté deux chars de vin blanc au citoyen Desnoyers [propriétaire de l'ex domaine seigneurial] qu'il a transporté dans sa cave"[79]. Cela ne prouve pas cependant que ce vin blanc soit fait avec des raisins blancs. La métairie de Desnoyers pouvait dégager des excédents en période difficile. Cette très grande exploitation ne vendait pas sa production très loin, car Sarniguet n'est située qu'à un peu plus de quatre kilomètres de la métairie. Le raisin blanc qui est en 1887 le seul à être cultivé dans les terroirs voisins de Castéra-Lou[80], de Louit[81], et d'Oléac[82] existe sans doute à Dours dont les vignes sont situées sur le même type de sol. Non loin de Dours, le vin blanc de Peyriguère est une référence dans la région, en 1812, comme en 1887[83]. La vigne demande de nombreux soins au cours de l'année. "On [la] propage au moyen de boutures enracinées ou non; on la taille le plus souvent en février [cette taille est faite "à deux ou trois yeux" à Marseillan[84]]; on lui donne généralement deux labours, l'un en avril et l'autre en mai.[85]" Les plants sont en fait, comme à Aureilhan, ""déchaussés" en avril, et "buttés" en mai"[86]. Cependant, "la vigne seule, première des richesses, est négligée. On la laboure, on la taille tant bien que mal et on attend la récolte. Certaines vignes ont bien cent ans d'existence et jamais on n'a pensé à y porter une brouettée de fumier. C'est ce qui explique leur peu de vigueur et la facilité avec laquelle ses ennemis l'atteignent et la font périr. La taille est aussi défectueuse. On laisse trop de rameaux à fruits, on épuise le pied par une production forcée, sur un sol non fertilisé d'aucune espèce d'engrais, et on s'étonne après quelques années de ne plus la voir produire"[87]. Cette culture routinière permet de produire en 1844 640 hl de vin[88]. Afin de fixer la date du ban des vendanges, la municipalité désigne trois prud'hommes pour vérifier l'état des raisins. Il est interdit de vendanger avant la date retenue, le 22 vendémiaire an XI [15 octobre 1802]. Cependant, les raisins arrivant à maturité plus tôt que prévu, les prud'hommes avancent la date au 17 vendémiaire, puis la repoussent au 18[89]. La date change d'année en année. Le ban est fixé le 2 vendémiaire pour l'an XIII [1er octobre 1804], et le 5 octobre pour l'année 1815. Ceux qui n'ont pas de pressoir peuvent cette année là vendanger deux jours à l'avance[90]. Les renseignements sur les autres dates des vendanges nous manquent; Néanmoins, nous savons qu'elles ont eu lieu le 9 octobre en 1859,[91] et "ordinairement en Octobre à Chis[92]. Pour faire respecter cette date, on nomme pour les vendanges de l'an XII un vigneron chargé de seconder le garde-champêtre dans son travail de surveillance. L'instituteur, dont le salaire est faible a traditionnellement la charge de mesureur de vin qui complète ses revenus.[93]

La plupart des familles possèdent au moins une petite parcelle de vigne et un pressoir. La "richesse" qui leur est apportée par la vigne et la façon de la cultiver est remise en cause dans la deuxième partie du XIXe siècle par divers maux qui s'abattent sur les ceps: L'oïdium, le mildiou, et le phylloxera.

Production de vin
tableau

Ces chiffres de production sont donnés par les instituteurs dans leurs monographies, ou dans les enquêtes agricoles. Le manque de séries importantes, le manque de sûreté de ce type de sources, nous empêche de dégager une évolution fiable. Les chiffres de la production à Dours sont calculés sur 10 ha en 1901, 3 ha en 1903, et moins d'un ha subsistant entre 1905 et 1914. Peut-on en tenir compte? Les chiffres semblent tout de même en nette progression par rapport à la production d'une vigne de première qualité en 1812.

b) La crise viticole

La vendange de 1859[94] est de bonne qualité mais se limite à 390 hl environ. L'oïdium et la grêle ont amputé chacun 1/4 de la récolte et le rendement n'est que de 10 hl/ha. L'Oïdium, qui se traduit par une poussière grise sur les feuilles s'est répandu en France de 1851 à 1854. Il "fait beaucoup plus de ravages qu'on ne le croyait et ce n'est que depuis [1883] qu'on traite les vignobles avec la fleur de soufre, ce qui produit les plus heureux résultats"[95]. A Chis (comme probablement à Dours), c'est suite à l'apparition de l'oïdium en 1852 que les "vignes hautes qui donnaient un fort rendement" ont été arrachées et remplacées "par des vignes basses qui ont donné pendant longtemps un fort revenu[96]".

La grêle, a de tous temps causé de fréquents dommages aux cultures, notamment à la vigne. Elle a en 1858 "dévasté complètement les récoltes, en 1859, elle détruit 1/4 des raisins[97]. Elle frappe avec violence en juillet 1861 (20 carreaux placés à la croisée de la maison commune sont détruits), en 1874, 1875, le 28 août 94, et celle du 16 juillet 1892 qui arrive après de fortes gelées hivernales. Celle du 3 juin 1897 est "catastrophique" et "détruit toutes les récoltes". Celles de 1905 et 1907 ont elles aussi entraîné des pertes[98]. En plus de ces années où elle a été redoutable, la grêle frappe la région en moyenne entre neuf et dix années par décennie[99].

L'instituteur, en 1887 dénombre une production de 500 hl de vin par an,[100] qu'il considère faible et limitée par l'oïdium et le mildiou (ou mildew).

Ce dernier, apparu en France en 1878, est une maladie de la vigne caractérisée par des tâches jaunes puis brunes sur les feuilles et causée par un champignon microscopique qui empêche la maturation du vin. "Au mois d'août, on ne trouve plus de feuilles sur les vignes, leurs rameaux sont nus comme en hiver, les raisins encore verts pendent seuls, ne mûrissent pas et donnent un vin âcre, de mauvaise qualité et qu'on ne peut pas conserver. Il est remarquable que lorsque le printemps est sec, la vigne conserve mieux ses feuilles et que la vendange mûrit mieux. Le mildiou, comme tous les champignons, est favorisé par un temps pluvieux. L'année 1885 a eu un printemps sec, aussi, la vigne a conservé ses feuilles en partie et la vendange a-t-elle été supérieure à celle des autres années en qualité et en quantité. Quelques propriétaires ont essayé le traitement au sulfate de cuivre et ont très bien réussi, leurs vignobles ont conservé leurs feuilles jusqu'après la récolte et leur vin est supérieur à celui des vignes non traitées".[101] A Chis, "le mildiou a complètement détruit [la récolte de 1885]; en 1886, il a encore causé un préjudice considérable." Le traitement au sulfate, ici mélangé avec de la chaux a bien fonctionné, "et les raisins sont arrivés à parfaite maturité[102].

Le phylloxera, apparu en France en 1865, est identifié "en 1868 par Planchon, directeur de l'école supérieure de pharmacie de Montpellier, sous l'aspect d'un [insecte voisin] du puceron, quasi microscopique, dénommé phylloxera vastatrix, et importé en France sur des ceps américains, qui détruisaient les racines du cep"[103]. Il n'a pas encore été [en 1887] signalé à Dours[104]", ni à Chis[105], ni à Oléac-Débat[106], mais il existe à peu de distance de son territoire, à 2000 mètres environ, des vignes phylloxérées". L'instituteur de Castéra-Lou, originaire de Dours, estime que "le phylloxera a fait son apparition [au Castéra] depuis l'année 1885. [Il existe alors] trois foyers de ce redoutable puceron, qui prennent des proportions d'agrandissement sensibles. [Le Phylloxera] n'occupe jusqu'à présent que trois hectares environ de superficie"[108]. Cette maladie apparue en 1885 à Sabalos touche en 1887 un tiers de son vignoble[109]. Les vignes de Louit, autre village limitrophe, "sont atteintes, pour les trois-quarts environ, du phylloxera, qui est apparu, ou, du moins a fait sentir ses ravages depuis 5 à 6 ans [c'est-à-dire depuis 1881 ou 1882] et a emporté les 5/6èmes de la récolte"[110]. "On peut donc [en 1887] chaque jour s'attendre à voir paraître le parasite, puisque d'après les études faites sur cet insecte, il est démontré que quand il existe sur un point déterminé, aucun vignoble à 20 km de rayon n'est indemne. La plupart des propriétaires à Dours et aux environs, ne croient pas au phylloxéra. Ils accusent tout excepté cet insecte, des ravages que l'on remarque sur certains vignobles: températures, froids du printemps, gelées tardives, labours faits inopportunément et mille autres qui, il est vrai ont aussi depuis quelques années leur part de dégâts"[111]. Les dégâts de ces fléaux accumulés sont importants. Le village voisin de Castéra produisait "avant le phylloxera et le mildiou 950 hl"[112] ce qui correspond à un rendement de 10hl/ha, mais seulement 480 hl en 1886, alors que le phylloxera n'en est qu'à ses débuts. Les remèdes naturels contre le phylloxera ne sont guère applicables à Dours. La submersion par 30 cm d'eau pendant 40 jours est impossible car les vignes sont cultivées sur les flancs des coteaux. La plantation dans du sable non plus en l'absence de ce dernier. Le sulfure de carbone est sans doute le moyen utilisé. Il est nécessaire de l'injecter tous les ans, ce qui est fort coûteux. Pour être définitivement débarrassé de cet insecte, le greffage sur un plant américain mis au point en 1878 est la seule solution. Tardivement, en 1896, alors que sévit la crise de mévente, six chefs de famille s'associent au sein d'un Syndicat Agricole et industriel" pour acheter une "défonceuse à manège" qui va leur servir à arracher leurs vignes touchées par le phylloxera et les "reconstituer par le plant américain"[113]. Cette défonceuse est munie d'un "treuil, d'un câble en acier de 200 mètres, d'un soc, et d'un couteau"[114]. Les anciennes vignes disparaissent. Elles ne couvrent que 10 ha en 1901 et 3 ha en 1903[115]. En 1915, 15 ha de ces plants insensibles au phylloxera sont en état de produire.

La crise de la vigne et notamment le phylloxera ont obligé les viticulteurs à changer leurs habitudes. La nouvelle génération de viticulteurs tient compte des conseils avisés donnés par leur instituteur, rompent avec les habitudes séculaires de leurs ancêtres. Ils investissent en machines, en produits chimiques, et se tiennent au courant des progrès scientifiques. En 1929, les efforts des propriétaires ont amené à 24 ha la surface du vignoble, qui diminuera ensuite de nouveau. Le déclin du vignoble à Dours n'a pas été le seul fait du phylloxera qui est juste la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Après un demi-siècle de faible production, les propriétaires ne sont pas suffisamment motivés pour investir massivement dans la reconstitution du vignoble. Nombre d'entre eux préfèrent profiter de la baisse du prix des terres[116] pour agrandir leurs propriétés. L'instituteur de Dours observe aussi en 1887 que "depuis que la vigne a cessé de produire en abondance, on s'est beaucoup adonné à l'élevage des bestiaux"[117].

4) L'ELEVAGE

a) Les vaches

Leur nombre, qui stagne pendant la première partie du siècle (elles sont 37 en 1809[118] , 34 en 1844[119], 40 en 1866[120]) arrive à 95 en 1901, et même à 100 en 1903[121]. Cette augmentation coïncide avec l'abandon de la viticulture. Les cultivateurs investissant une grande partie de leurs ressources dans l'achat de terres, ne peuvent pas se permettre en période de crise viticole, de posséder des boeufs qui ne rapportent pas. Une vache permet elle quelques revenus avec les veaux qu'elle porte, ce qui compense la perte des surplus monétaires apportés autrefois par la vigne. Il existait en 1887 des "vaches de la race de Lourdes"[122]. D'autres vaches étaient appelées "machcarines". "Elles étaient blanches, un peu grises, sans tâches". Ce sont sans doute des "gasconnes". "Les mêmes vaches travaillaient et portaient". "Toute vache adulte était dressée pour le travail. Chez Beillet, "il y avait un petit joug à une tête. [On] commençait de leur mettre pour les habituer. Après, [on] essayait de la mettre avec une vieille."[123] 29 familles ont en 1918 des vaches de travail. 16 en ont deux paires, 3 ont trois vaches, et 9 en ont une paire[124].

b) Les boeufs

"Les gros boeufs de labour [qui étaient 39 en 1809, 36 en 1844 et 60 en 1866], ont presque totalement disparu et ont été remplacés par des troupeaux de vaches[125]". Leur déclin est tel qu'en 1901, il y en a douze, et six en 1907. Il faut remarquer que la guerre de 14 coïncide avec l'augmentation de leur nombre:

1914:15

1915:16

1916:18

1917: 20

1918: 28

En 1918, 12 exploitations ont des boeufs de travail. Deux en ont deux paires, et dix une paire. [Les sources sont les mêmes que celles utilisées pour le dénombrement des vaches]. Les vaches et les boeufs sont les cibles des réquisitions dès décembre 1914[126]. Ces réquisitions sont refusées par certaines familles.

c) Les chevaux

Pendant la Révolution, un Etat des étalons mentionne que l'acheteur de l'ancien domaine seigneurial possède à Dours 17 chevaux (deux haras, deux "chevaux", cinq juments, six pouliches, deux poulains). Six autres propriétaires possèdent en tout neuf autres chevaux (surtout des juments). Les équidés ne sont à la portée que de maisons aisées (Mailles, Duboé, Peyanne, Francès, Calotte, Peybach). Le nombre de chevaux oscille ensuite entre 16 (1916) et 38 (1901)[127]. L'instituteur explique que les juments sont élevées "pour les mules qu'on expédie en Espagne[128]". Ces juments sont en outre le moyen de tracter les voitures. On en recense 55 en 1844 dont 28 à quatre roues[129].

d) Les porcs

Chaque famille entretient un ou plusieurs porcs pour sa nourriture personnelle. Ils sont à Dours 92 en 1866[130], et de 50 à 70 entre 1901 et 1918, ce qui fait, dans les deux cas, plus d'un par feu. De nombreuses délibérations, tout au long du siècle, règlementent l'accès des porcs au glandage, sous la conduite du pasteur commun. Ils constituent l'apport majeur en protéines car les autres produits sont vendus. "Le glandage qui se trouve dans le bois [...] est une ressource précieuse pour l'engraisse [les] cochons"[131], "en conformité d'un usage immémorial établi dans la commune"[132]. Un gardien des pourceaux est nommé par le conseil municipal. Il garde les porcs des particuliers (propriétaires de feux allumants) et les mène à la glandée dans le bois communal. Les tarifs demandés aux propriétaires de cochons sont variables: En 1812, on institue un système qui classifie les porcs selon leur taille (3,5 francs pour la première, 1,5 francs pour la seconde, et 1 franc pour la troisième. En 1820, "le premier cochon est gratuit". Les autres coûteront 3 francs. En 1824, il est payé 1 franc par tête. En 1832, il est payé en nature: un coupeau (environ un décalitre[133]) de carron jusqu'à la Saint-Jean et un coupeau de maïs par tête jusqu'au 7 janvier suivant. Une coutume impose à chaque particulier de "lui donner le déjeuner en usage tous les 15 jours". On lui donne aussi un housseau de maïs par tête s'il est obligé de les conduire au bois pour la glandée. On lui fournit aussi une cape. L'existence du "pasteur des cochons" est attestée encore en 1864, où il est aussi "gardien des oies" Il est payé à cette époque une demi-mesure de méteil et une demi de maïs par tête, ainsi qu'un housseau de maïs s'il est obligé de les conduire au bois pour la glandée. On peut désormais refuser au gardien le déjeuner tout les quinze jours en lui donnant cinq centimes[134]. La demi-mesure étant égale au coupeau, son salaire n'a pas évolué depuis 1832.

e) Les moutons

L'instituteur en mentionne l'existence de "quelques troupeaux". Des données éparses nous donnent l'étendue du cheptel pour le début du siècle:

1809: 189

1844: 100

1866: 155

Le dénombrement de ce type de cheptel est problématique car le résultat peut varier selon les animaux pris en compte (compte-t-on les agneaux?) et selon la période. Cependant ces chiffres nous montrent un ordre de grandeur assez faible, même si peu de propriétaires s'y adonnent. 34 ans après ces derniers chiffres, les enquêtes du début du XXe siècle signalent la disparition de cet élevage.(sauf 12 têtes recensées en 1905 et 1907[135]. La concurrence des régions de montagne spécialisées dans cette production explique sans doute ce déclin. L'instituteur de Soréac nous apporte une autre raison de ce déclin: Il recense "un troupeau de bêtes à laine que les habitants voient d'un mauvais oeil et qui ne tardera pas à disparaître"[136]. Ces animaux causent en effet des dégradations aux cultures lorsqu'ils sont mal gardés.

f) Les fourrages

Les prairies de première qualité fournissent en 1812 2952 kg d'herbe dont 1476kg de foin lors de la première coupe, et le reste de regain lors de la seconde[137]. La production moyenne d'un hectare de prairie est à Chis en 1887 "35 quintaux de foin et 15 de regain". Une troisième herbe appelée "rebord" "donne un excellent pacage pendant la saison d'automne"[138]. Les prairies artificielles n'existent en 1812 qu'à Ossun où les cultivateurs les ont importées les premiers. On pense alors que les prés artificiels "seraient nécessaires sur les coteaux"[139]. En 1887, l'instituteur remarque qu'on "a augmenté d'une façon notable la surface des prairies [reconversion de la vigne à l'élevage], notamment celle des prairies artificielles et on cherche sans réussir à se dédommager de la perte des vignobles". Mais il ajoute que les prairies artificielles "sont assez rares", que l'on "n'en connaît généralement pas les avantages"[140]. Le manque de fourrages est attesté dès 1809. Le maire de l'époque mentionne que "les habitants sont généralement privés de toute espèce de nourrissage à cause de la grande pénurie des pacages puisqu'il n'en existe qu'en très petite quantité, aussi que celle des fourrages des prairies si ingrates placées en partie sur les coteaux, et en petite contenance. [Ils sont] forcés d'acheter une partie des fourrages pour l'entretien des bestiaux indispensables à l'agriculture.[141]

Face au manque de fourrages, plusieurs solutions sont employées:

En 1812, "on cherche à remplacer le fourrage qui manque avec la feuille de maïs verte et fraîche; elle répare et nourrit les animaux; sèche, on la lie en faisceaux, on l'engrange et elle est, dans l'hiver, une nourriture agréable et saine, particulièrement pour les boeufs et les moutons"[142]. En 1835, la commune augmente la superficie de ses landes. Elle se porte acquéreur de 2 ha, 97 a de bruyère "considérant que la commune ne possède que très peu de landes pour l'utilité du pacage des bestiaux". C'est pour cela que la municipalité a sans cesse lutté pour que le bois commun soit plus ouvert au pacage des animaux. En 1834[143], le maire demande à "conserver une partie de la forêt en bois de haute futaie pour avoir à l'avenir des arbres propres à construire une ressource pour la glandée et encore pour le pacage des bestiaux, objet du plus grand intérêt pour les habitants à raison des fourrages qui sont si rares dans cette commune". En 1893, "La sécheresse a causé d'immenses ravages.(...) La disette générale des fourrages qui sévit cette année met [le conseil municipal] dans la nécessité de demander dans la forêt une étendue de pacage plus considérable que celle qui a été délivrée[144]. En 1837, où la population commence à être importante, "la disette de fourrages est à son comble. Quand les propriétaires auraient le moyen de s'en procurer ils n'en trouvent pas." Le maire "demande d'autoriser à mener paître les bestiaux dans les taillis les plus anciens et inclusivement jusqu'à ceux de trois ans", (ce qui causerait à coup sûr leur perte). Un règlement stipule en effet: "la dépaissance des bêtes à corne demeurera interdite dans les coupes usées jusqu'à ce que le bois renaissant et régénéré ait atteint l'âge de 7 ans et qu'alors ils aient acquis assez de force pour pouvoir être déclarés défensables. L'introduction des bêtes à laine et des chèvres étant dors et déjà prohibés en tout temps, en toutes saisons de l'année, et dans toutes les parties futaie ou taillis"[145]. Malgré ces restrictions une précaution supplémentaire est prise, à la suite du texte précédent. Il faudra "armer les jeunes plants d'épines comme devant leur servir de défense contre la dent et les approches de toute espèce de bétail". En 1859, 3 ha de trèfle sont ensemencés. Leur produit, 10 quintaux métriques par ha est cependant considéré comme médiocre[146]. Les plantes fourragères représentent 23 ha entre 1903 et 1910[147].

La vaine pâture est aussi une ressource pour ceux qui sont dépourvus de fourrages: En 1890 et 1891, le conseil municipal, "vu la loi du 9 juillet 1889 sur le code rural, considérant que de temps immémorial la commune de Dours a joui du droit de vaine-pâture, en demande le maintien", "tel qu'il a toujours existé, c'est à dire sur les prairies naturelles seulement pendant l'hiver". La délibération est prise le 7 juillet 1891. Le maire envoie une copie à la préfecture, antidatée du 20 juin, car la date limite est le 22. Malgré cette irrégularité, cette coutume est maintenue.

5) LA PECHE

L'instituteur relate que "l'Alaric et l'Aule qui ne tarissent jamais en entier sont les seuls cours d'eau où l'on trouve du poisson, mais ils sont rendus inabordables sur presque tous les points par les haies et broussailles qui les entourent. On peut y pêcher le goujon, et l'anguille qui y abondent et une espèce de poisson appelé vulgairement "poisson blanc" qui atteint une assez belle grosseur. On rencontre sur quelques points aussi, l'écrevisse"[148].

6) LA CHASSE

La chasse est une production à part entière pour le "régent" qui en 1887 trouve que "Dours est admirablement disposé pour le gibier. Le vallon de Loulès surtout et le flanc des deux collines qui l'entourent sont le lieu de rendez-vous des chasseurs de la contrée. On y rencontre à toutes saisons le lièvre, le lapin, la perdrix; pendant l'été seulement la caille et le râle; pendant l'automne, la palombe et le ramier fréquentent par quantités considérables ses bois et y restent quelquefois jusqu'au printemps; pendant l'hiver on y rencontre sur les cours d'eau ou sur les lieux humides, la bécasse, la bécassine, le canard, l'oie sauvage, et partout, le corbeau qu'on ne chasse pas"[149]. Les droits de chasse sont cédés par tous les propriétaires en 1905 pour cinq ans afin d'instaurer la communalisation de la chasse: Le conseil municipal s'inquiète que "le gibier, autrefois très abondant sur le territoire de la commune tend de plus en plus à disparaître" et "que chaque année, pendant la période de la ch asse, le territoire de la commune est parcouru tous les jours par un grand nombre de chasseurs étrangers à la commune(...) qui pénètrent dans les propriétés privées, lors même que les récoltes ne sont pas enlevées, sans s'inquiéter des dégâts qu'ils peuvent y causer.(...) Certains de ces chasseurs ont répondu par des insultes ou des menaces aux propriétaires qui leur enjoignaient de sortir de leur propriété."[150] Le droit de chasse est important pour les doursois. Ils ne supportent cependant pas que des "étrangers" viennent chasser chez eux. La rivalité et les différences entre villages grandissent à propos de ce sujet épineux. La chasse n'est cependant pas pratiquée à Castéra-Lou selon son instituteur qui note "qu'il n'y a pas de propriétaire qui ait de permis, tant ils sont laborieux."[151] et "ne donne pas de résultats"[152] à Louit.

7) LA NOURRITURE

L'évolution de l'agriculture a-t-elle permis une amélioration de la nutrition?

En 1812, un fonctionnaire de la préfecture écrit que "le maïs est la nourriture des ouvriers qu'il rafraîchit et qu'il fortifie"[153]. Manger cette céréale est signe de pauvreté. La crise de la vigne provoque en 1887 à Mansan, dans le canton de Rabastens, "une baisse du niveau de vie qui [...] entraîne un retour à la mode de la pâte de maïs"[154]. Or, nous avons vu plus haut que la culture du maïs servait à Dours en 1887 à l'élevage des bestiaux", donc pas à celle des humains. L'instituteur de Chis, village voisin, mentionne à la même époque que "depuis un certain nombre d'années, [...] on ne mange plus le mauvais pain de maïs, mais on consomme le pain frais et nourrissant de froment et de méteil"[155]. Au début du XXe siècle, la polyculture vivrière subsiste: "tout le monde avait son jardin. On ne mangeait que ça. On achetait de la viande pour le pèle-porc et pour la fête. On en achetait un peu pour faire la soupe. Autrement, c'était la volaille, et bien sûr le porc "[156]. Les instituteurs de Castéra-Lou et de Louit confirment et complètent ce témoignage: "l'alimentation des personnes est composée de céréales de leurs champs, de vin de leurs vignes, de viande de leurs cochons engraissés, de volaille, de canards, oies et dindons, qu'ils élèvent, de la viande de boucherie qu'ils vont chercher chez des bouchers (généralement lorsqu'on doit recevoir des étrangers à la maison)."[157]A Louit, "l'alimentation laisse à désirer: Peu ou pas de vin, pain de froment mélangé à la pomme de terre ou à du maïs, de la pâte de farine, des pommes de terre, peu ou pas de viande de boucherie, si ce n'est de la viande salée provenant du porc que chaque ménage se procure et engraisse chaque année"[158]. Le repas se compose donc de céréales, de pommes de terre, de volaille, et de porc. La grande différence avec l'alimentation citadine est l'absence de viande de boucherie. En 1814, il y a 39 fours dans le village[159]. En 1918, seulement 70 personnes sont nourries dans les maisons faisant elles-mêmes leur pain[160]. Cela veut dire que les autres sont intégrées dans un circuit commercial pour l'élément traditionnel et symbolique dans l'alimentation qu'est le pain. Eugen Weber écrit d'ailleurs que "l'autarcie a toujours été un modèle plutôt qu'une réalité."[161]

8)L'EXPLOITATION DE LA FORET

La période révolutionnaire commence par l'espoir de la communauté, de récupérer l'usage d'un bois de cent arpents, que le seigneur avait récupéré, faute du paiement de la redevance demandée[162]. Le procès intenté par la communauté contre l'acheteur du domaine seigneurial, le citoyen Desnoyers, est perdu. Les habitants devront se contenter du bois commun, d'une superficie de 55 ha. Ce dernier est en 1889 surtout composé de chêne pédonculé. 19 hectares sont exploités en futaie, le reste en taillis sous futaie. La durée théorique de la révolution du taillis est de 20 ans[163]. En 1889, la commune de Dours, fière de son bois qui lui procure des ressources importantes, envoie même un chêne à l'exposition universelle.

a) Les coupes de bois

La commune, que l'on autorise à faire un coupe ordinaire tous les ans peut décider que celle-ci soit vendue en bloc ou en lots à son profit. C'est ce qui se fait entre 1789 et 1835. Par exemple, en 1818, le maire demande à ce que "la coupe soit vendue sur le lieu en "lots parties", au plus offrant et dernier enchérisseur, comme il est d'usage dans ladite commune de Dours"[164]. En 1835, le changement de maire et les besoins en bois de chauffage de la population en pleine croissance, apporte un acquis à la population: le partage de la coupe entre tous les feux allumants de la communauté. Cette mesure populaire qu'aucun maire n'osera refuser après cela devient une tradition: "Il y a toujours eu la coupe affouagère et elle se faisait toujours de la même façon. (...) Les conseillers allaient faire les lisières, mesurer, donner autant à l'un qu'à l'autre, répartir(...). Les eaux et forêts marquaient les chênes qu'il fallait garder.(...) Quand c'était fini, un soir on convoquait tout le monde à la mairie et chacun tirait un numéro.(...) Ça suffisait car tout le monde avait des bois autour des champs à ce moment là, on n'avait pas détruit toutes les haies: Il y avait des bois partout. Et puis le bois était beau, il y avait de bonnes coupes."[165] Ces coupes affouagères d'environ un hectare sont annuelles. Moyennant certains droits, chaque feu allumant s'approvisionne en bois de chauffage ou de charpente. La commune prélève sur ces coupes des taxes, inférieures cependant à ce qu'aurait rapporté la vente en bloc.

La commune a aussi la possibilité de demander une coupe extraordinaire, afin de pallier des difficultés financières. Elle justifie souvent sa demande par le caractère urgent des dépenses à effectuer mais aussi par des arguments insistant sur le bon développement des arbres. Cependant, elle ne comprend pas que ces coupes soient rarement accordées. La commune harcèle alors l'administration concernée en multipliant ses demandes malgré les refus. Les rapports avec l'administration forestière sont très tendus. La municipalité est consciente de posséder avec son bois une richesse importante. Malgré cela son budget est toujours difficile à établir. Le bois de Dours étant soumis au régime forestier, la commune ne peut rien y faire sans l'accord des eaux et forêts. En 1894, on impose à la commune un ébranchage coûtant 2135 f sur les 3000 f que peut rapporter la coupe. "Le conseil blâme cette attitude et cette conduite tyrannique(...) et est convaincu que l'administration, sous le prétexte de conserver la forêt communale ne travaille qu'à la ruine de la commune". Pour se soustraire au "pouvoir presque omnipotent et au mauvais vouloir de l'administration forestière[166]", en réaction à ce qu'elle considère comme une injustice, la commune décide d'acheter en 1895 un bois non soumis au régime forestier de neuf hectares attenant au bois communal pour la somme de 10000 francs.[167]

b) Les délits forestiers

En dehors des coupes, il faut affronter la vigilance du garde-forestier pour faire quelques fagots. En 1791 et 1838, compte tenu du nombre de "délinquants qui fréquentent la commune", le conseil crée un poste de garde forestier auxiliaire. En 1846, un habitant du village est condamné à 2,50 f d'amende pour avoir enlevé quelques fagots dans la forêt communale. 17 individus sont en 1844 "condamnés à 12 f de restitution pour avoir enlevé de la forêt communale quelques arbres qu'ils ont plantés, comme il est d'usage, devant les habitations des autorités" pour les honorer. L'incompréhension est totale entre l'administration forestière et les villageois. En 1847, la municipalité s'inquiète "de voir se former des attroupements et ravager cette forêt sous nos yeux sans qu'il [lui] soit possible de réprimer les délinquants, et la commune seule aura à supporter les délits commis par eux"[168]. En avril 1848, le maire tente d'acheter le calme de la population par un banquet fêtant la plantation de l'arbre de la liberté[169]. En mai de la même année, des délinquants inconnus de Dours se sont jetés dans notre forêt pour élaguer des branches de chênes"[170]. La tension vis-à-vis du code forestier est à son comble (cf. Chapitre II). Parfois, le garde, qui fait des tournées régulières dans les bois de Dours, Orleix, et Chis, dont il est chargé de la surveillance, réussit à surprendre des contrevenants. L'année 1905 est en cela une preuve de zèle pour le garde, ou d'un hiver rigoureux: Le 25 janvier, une femme est prise en flagrant délit. Elle a coupé des tiges vertes pour l'équivalent de 2 charges d'homme. Le premier février, le garde trouve trois femmes de 24, 38 et 56 ans en train de faire des fagots avec des tiges vertes de frêne et de saule (ces dernières pouvant servir de liens pour les vignes nouvellement plantées). Le 21 mai, c'est un homme à qui il est fait un procès-verbal pour avoir coupé l'équivalent de huit charges d'homme de frêne et de saule. En 1918, le même garde, après avoir découvert une souche de frêne de "sept décimètres de tour", suit sa trace sur le chemin forestier, puis les traces du char sur lequel il est chargé jusqu'à la demeure du contrevenant qui nie le délit malgré la présence de l'arbre chez lui[171]. Des témoignages relatent que les villageois bravaient l'autorité du garde-forestier qui "aurait, pour un bout de bois dénoncé sa mère"[172]. Ce fonctionnaire zélé, dont la famille vit à Dours depuis 1838, est vu comme un ennemi car on ne comprend pas qu'il fasse son travail au lieu d'être solidaire avec le reste du village.

L'agriculture et la forêt ne permettent pas de faire vivre tout le monde. Un métier artisanal peut être pour de nombreuses personnes un complément de ressources, voire même un revenu principal.

B) LES METIERS

Les études sur les métiers et sur l'artisanat ont été faites à l'aide de l'état civil et des listes nominatives.

Tableau des métiers
Métiers 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896 1906 1911 1921
chef d'exploitation agricole 48 45 34 39 36 38 35 34 36 33
domestique / servante 10 16 13 14 15 13 16 17 10 5
ouvrier agricole 3 2
meunier 1 1 1 3
tailleur 2
tisserand 2
couturière 4 1 2 2 3 2
sabotier 1 3 2 2 2 1
cordonnier 1
forgeron + apprenti 1 1 1 1 1 1 2 3 1 1
charron
menuisier 1 1 1 1
charpentier 1
maçon 2 1 2 1 2 2 1
tuilier briquetier 3 3 4
ouvrier briquetier 4 3 2
épicière 1 1
aubergiste 1 1 1
garde-champêtre 1 1
garde forestier 1 1
cantonnier 1 1 1 1 1
instituteur(trice) 3 2 2 2 2 2 3 1 1 2
curé 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
médecin 1 1
retraité 1 1 2 1 1
routier 1
chiffonnier 1

C)L'ARTISANAT ET L'INDUSTRIE

Les sources dont nous disposons nous permettent de décrire plusieurs aspects de la vie artisanale d'autrefois à Dours.

1) LE TRAVAIL DU FER

La forge est qualifiée par Eugen Weber de "centre social du village"[173]. Un forgeron est attesté pendant toute la période à Dours. Nous avons vu précédemment qu'il aiguisait les instruments aratoires. Il peut forger par exemple des clous, que l'on retrouve dans les charpentes, le timon d'un araire, et tout objet en fer dont on avait besoin. Il y a eu un charron au moins dans les années 1830-40. Il travaille à la fois le fer et le bois. Il construit, répare des outils, et bien sûr des chars, des tombereaux, des comportes, des tonneaux, et des barriques.

2) LE TEXTILE

Les vêtements sont décrits par les instituteurs en 1887:

les hommes portent "un pantalon et une veste de laine pour l'hiver et en fil de lin pour l'été."[174] "Le paysan délaisse par fortes chaleurs son béret pour un chapeau". "Le sabot est la chaussure la plus généralement employée, le soulier l'est quelque peu pendant l'été"[175]. A Castéra-Lou, "un gilet court est porté avec la veste, des pantalons assez longs, une blouse quelquefois. On porte des sabots, des souliers, ou des sandales."[176]

Les femmes "portent un cotillon et une casaque forme veste à toutes les saisons"[177]. L'habit des femmes de Castéra-Lou est composé d'une "robe unie, un tablier de toile grossière, une camisole, un fichu autour du cou, une coiffure, un mouchoir enroulé autour de la tête" et "des sandales l'été et des sabots l'hiver."[178]

La laine des quelques moutons est cardée, puis filée. On en fait des vêtements chauds pour l'hiver. Le lin, exploité sur quatre hectares à Dours est tissé sur place par "lou Téchéné" ou "la Téchénère", les tisserands, mentionnés sur les actes d'Etat-civil, les listes nominatives, en 1794, 1806, 1849, 1856, 1872. On en fait des draps inusables, ou des toiles que le tailleur peut transformer en habits. Ce dernier métier est exercé par la famille Darquié au moins depuis 1794, et jusqu'à vers 1870. Ce sont ensuite des couturières qui accomplissent ce travail.

[179].

On mentionne de 1839 à 1866 un cordonnier dans le village. Des sabotiers sont eux mentionnés jusqu'en 1886. "A une époque où les chaussures constituaient un luxe, les villageois vivaient en sabots"[180]. Le déclin du sabot à partir de 1886 est lui aussi attesté à Mazières: "cinq hommes fabriquaient des sabots en 1886, et seulement deux vingt ans plus tard"[181].

"Mais à part les forgerons, peu d'artisans de village pouvaient gagner leur vie en ne pratiquant qu'un métier"[182]. Tous ces artisans exploitent des petites parcelles dont ils sont propriétaires, pour obtenir une partie de leur nourriture.

-1)Instrument servant à séparer la fibre textile de l'écorce du lin.
-2) Carde,ou peigne à carder, appelé à Dours "carduche".
-3) Fer de sabotier.

3) LE MOULIN

L'eau, vitale pour les possesseurs de prairies, les tuiliers, l'est aussi pour les meuniers. Le "moulin montant [a-t-on voulu dire à roue verticale?] à deux meules"[183] seigneurial, vendu à la famille Sempé, de Bazet, subsiste jusqu'en 1882. Faute de règlementation du canal d'Alaric appelé à Dours "la Gau", les usurpations des propriétaires supérieurs -en amont du village- font que "les eaux ne coulent plus qu'en très petites quantités en 1810 comme en 1845" (...) [comme d'ailleurs en 1879 où le canal a été complètement à sec en juin et juillet[184]]. "Ces abus intolérables causent aux habitants de la commune un préjudice incalculable. Leurs propriétés se trouvent frappées de stérilité et les moulins sont mis dans l'impuissance de jouer. Les habitants se trouvent ainsi placés dans la nécessité d'aller faire moudre à grands frais leur grain, dans des moulins plus ou moins éloignés. La plupart du temps les eaux manquent dans le canal pour abreuver les bestiaux. On est forcé de les conduire dans des marais qui ne renferment que des eaux corrompues et qui peuvent donner naissance à des maladies épizootiques[185]. Les problèmes existent aussi entre le meunier de Dours et les propriétaires locaux. Le domaine seigneurial comportait une prairie irriguée "au moyen d'une prise d'eau pratiquée (...) en amont du moulin" [186] seigneurial. La vente de la prairie et du moulin à des personnes différentes a créé la confusion. En 1873,"le fermier du moulin Sempé s'obstine à gêner l'arrosement et à l'empêcher même tout à fait. Il est vrai que [les propriétaires de la prairie] doivent prendre l'eau en amont du moulin et ne la rendent qu'en aval."[187] En 1882, le problème est le même, jusqu'à l'incendie du moulin en 1884.

4) LA CONSTRUCTION

Les constructions ont vécu pendant cette période un évolution importante. Les murs, comme les toitures, vont gagner en solidité, en résistant mieux à l'humidité et au feu. Ces progrès nécessitent une certaine adaptation de la part des artisans locaux.

La terre existe en très grandes quantités à Dours. Elle provient des marnières communales[188], appelées dans le parler local "la merlère"[189] , qui fournissent de la marne, de l'argile. Un règlement des marnières de 1809 indique que "des tuiliers fabriquant de la tuile dans la commune (...) vont prendre de la terre dans la côte" [190]. Ces matériaux sont payants puis mis à la disposition des Doursois gratuitement "avec défense d'en faire aucun trafic". Les étrangers à la commune doivent eux payer 20 centimes en 1833, 30 en 1840, puis 50 en 1847[191] au fermier des marnières. Les habitants de Dours l'ont très tôt employée comme matière première pour la construction de leurs bâtiments.

Aux murs en pisé, composés de terre, de gravier, de paille, semblent succéder les "coques"[192], qui sont en parler local, des parallélépipèdes, "de terre glaise, battus à la masse et fortement pressés entre deux claies"[193] , puis cuits au soleil. Ces coques sont sans doute fabriquées par les particuliers eux-mêmes. On peut y trouver des noms écrits, des dates, (une d'entre elles trouvée dans un mur de la maison Latapie mentionne la date du "4 7bre 1851").

Un autre matériau issu de "la merlère" est employé dans ces murs: c'est "une pierre calcaire bonne à bâtis, mais que la proximité des cours d'eau, et conséquemment de la pierre [des galets], a fait tomber en désuétude.[194] Ces "moellons tendres et terreux hourdés de mortier terreux" sont le matériau des murs du presbytère construit avant la Révolution, ainsi que ceux du premier étage, construit en 1838[195].

les coques et les pierres calcaires ont le désavantage d'être friables quand le mur est mal couvert ou mal exposé, ce qui est le cas de l'ancienne école.

En 1838, "Les façades du presbytère sont crépies et enduites de mortier composé de 2/3 de sable de rivière et de chaux. Les cloisons de briques sont elles crépies et enduites, blanchies au lait de chaux.

Des menuisiers existent à Dours en 1872, 1886, 1891. Ils façonnent pour le presbytère les portes et fenêtres et contrevents en châtaignier, les soliveaux en chêne. Le plancher a été construit en sapin [196], ce qui "est fort rare" en 1812 où "on habite au rez de chaussée sur le sol même de l'emplacement[197]". Les cadres des baies sont en pierre de taille de Lourdes.

Des galets sans doute issus de l'Adour sont ensuite employés dans des murs plus récents. Cependant, les "coques" ne sont pas forcément abandonnées, et se trouvent parfois au dessus d'un mur en galets. Ils sont "mi-plats" associés à des "assises de briques" provenant des fours environnants", et du schiste de liaison de Lourdes ou Labassère, comme en 1862, pour la restauration du presbytère[198] , et parfois des débris de tuiles. Ils sont à cette époque "hourdés de mortier de chaux hydraulique" "de première qualité des fours de Madiran". Ces murs sont moins sensibles à l'humidité et sont solides si le mortier est de bonne qualité.

Le bois communal, à qui est consacré une partie de cet ouvrage fournit du bois d'oeuvre qui peut être partagé avec le reste de la coupe. En cas d'incendie d'une maison, la commune offre à la victime le bois nécessaire à la charpente de sa nouvelle maison. Un charpentier exerce sa profession à Dours en 1793, et en 1886. Les charpentes peuvent aussi être construites par des maçons, qui doivent être polyvalents.


-Pierres issues de la "mèrlère", coques, dont une datée de 1851.



mur de la grange de la maison "Latapie".

Les tuiles et les briques, sont elles aussi indispensables à la construction des maisons et des bâtiments d'exploitation. Les habitants de Dours ont eu la chance d'en disposer longtemps à proximité, ce qui leur a permis de faire des économies de transport.

5) LES TUILERIES DE L'ARTISANAT A L'INDUSTRIE

La tuile est depuis longtemps un artisanat florissant à Dours. Les conditions naturelles y ont favorisé son développement. La présence d'un gisement communal de terre est la plus importante de ces conditions. La plupart des tuileries disposent, en plus de la terre issue de "la merlère", d'un gisement propre, comme celle, toute proche, de Louit, exploitée par une famille de Dours. On y trouve actuellement des excavations d'où l'on tirait la terre glaise. Le bois communal fournit d'autre part du bois qui peut servir à alimenter des fours. Il existe en outre, de nombreuses sources, qui apportent l'eau nécessaire à cet artisanat.

Le marché de la tuile est pendant la première partie du siècle en pleine expansion. En 1812, la réponse à un questionnaire du ministre de l'intérieur relatif à l'agriculture dans l'arrondissement de Tarbes, mentionne que les maisons de la partie orientale, celle des coteaux, "sont presque toutes couvertes de chaume. Quelques-unes cependant le sont de tuile"[199]. Le toit en chaume était "bon marché, il donnait le frais l'été, la chaleur en hiver." "C'est un toit périssable, qui doit être renouvelé tous les 20-30 ans"[200]. Nous ne pouvons pas dire quand les toitures sont passées du chaume à la tuile, qui a l'avantage de faire diminuer les risques de grands incendies. Le peu d'inscriptions retrouvées sur elles ne nous permettent pas de le savoir. Cependant, les tuileries artisanales ont dû faire face, entre 1812 et la fin de leur activité, à de nombreuses commandes locales afin de rendre possible cette transformation. Les murs construits avec des galets comportent des assises de briques elles aussi fabriquées dans ces tuileries. Les briques sont aussi employées dans la construction de cloisons.

En 1806, il y a dans le département 47 tuiliers, dont seulement 14 dans l'arrondissement. Laboulinière indique qu'"on fabrique la tuile et la brique sur presque tous les points du département, mais surtout dans les régions des côtes (dont Dours) et dans la basse plaine; elle n'a pas partout la même qualité, mais elle est généralement de bonne nature".[201]

La tuilerie seigneuriale mentionnée en 1790[202] n'existe plus en 1809 que sous forme de nom de quartier de terres. L'acheteur du domaine seigneurial, n'a pas trouvé utile de garder cet établissement[203].

Les deux familles Latapie, comme l'attestent les cahiers paroissiaux, depuis au moins 1766 pour une d'entre elles et 1746 pour l'autre, exercent la profession de tuiliers[204], la première à Dours, la deuxième à Louit où elle possède la tuilerie, qu'elle exploite encore en 1810[205]. En 1800, l'héritière épouse un tuilier du Gers, qui obtient plusieurs fois des passeports pour voyager "pour ses affaires dans les Hautes-Pyrénées et le Gers", ce qui montre qu'il y a dans la profession des contacts qui dépassent le cadre du pays. Cette tuilerie disparaît par la suite, peut être à cause de l'éloignement, de l'état des chemins, du tarissement du filon de bonne terre, d'un problème de succession (la fille de ce couple est mariée à un agriculteur, étranger au monde de la tuile).

La famille de tuiliers Larré mentionnée en 1788[206] continue elle à exister de père en fils jusqu'en 1876 [207].

La famille Saint-Upéry a comporté plusieurs tuiliers: Alexandre, que l'on trouve tuilier en 1815, ses deux fils Jacques et Jean, le fils de ce dernier Alexandre[208].

Au XIXe, plusieurs tuileries sont édifiées. Celle de Jean Larré est agrandie en 1842. Jean et Jacques St Upéry en construisent chacun une en 1852[209]. C'est sans doute pendant cette période que les toits de couverts de tuiles succèdent au chaume dans la région. Cette amélioration va sans doute aussi de pair avec "l'amélioration des transports, qui rendirent la tuile et l'ardoise plus accessibles"[210]. Ces tuileries sont artisanales. Le tuilier et éventuellement sa famille y travaillent.

Les tuiles ont à peu près la même apparence. Ce sont des tuiles "canal" ou "rondes", d'environ 44 à 47 cm de long. C'est "une plaque d'argile mince, courbée dans le sens de la longueur, sans relief. Elle est posée à plat sur le toit, qui doit donc avoir une pente très faible, pour qu'elle ne glisse pas"[211]. Il faut donc, au besoin, rectifier la pente du toit Cette transformation apparaît en haut de nombreux murs.

Il existe plusieurs standards de briques, bien que les dimensions varient d'une à l'autre, surtout en profondeur. Un modèle qui peut être destiné au carrelage fait 15,5 cm sur 15,5 cm et 3 cm de profondeur, dont il existe des pièces décorées. Un autre d'environ 31,5 cm sur 11,5 à 12 cm avec 3 cm de profondeur. Il existe aussi un gros modèle qui fait 30 cm de long, de 15 à 20 cm de large, sur 8 à 10 cm de profondeur. Ces observations sont faites sur des briques entières issues de démolitions. D'autres formats existent par ailleurs. Elles sont employées dans les cloisons du presbytère en 1833.

Les tuiles et les briques sont finies à la main. Les traces des doigts du tuilier sont visibles, ainsi que, parfois, celles de chiens, de volatiles, ou même des sabots de chèvre ou de mouton, leurs irrégularités, prouvent leur caractère artisanal. Par contre, elles sont rarement signées clairement.

-Tuiles, briques artisanales, provenant de Dours.

-La tuilerie industrielle

En 1858, Cyprien Gros, conseiller général et maire de Lacassagne, héritier de l'ancien domaine seigneurial, en association avec les frères Bonnecarrère dont un d'eux, Pierre, a été un conseiller général établit une tuilerie industrielle (doublée d'une scierie), au nord-est de la commune[212]. En 1866, et jusqu'à la fin de son activité, elle porte le nom de "tuilerie Bonnecarrère"[213]. "Le malaxage des terres employées se fait au moyen d'une turbine qui est mise en jeu par une dérivation du canal Alaric.(...) Le malaxeur et la scie [à bois] fonctionnent sous la même retenue, quoique mus par des moteurs distincts, mais ce n'est qu'exceptionnellement que les deux engins fonctionnent en même temps car il y a rarement assez d'eau pour les deux moteurs. La prise d'eau s'effectue au moyen d'un barrage mobile composé de quatre vannes d'un mètre de largeur »[214]. Les produits de cette briqueterie sont uniformes. Ils sont façonnés dans des moules modernes qui marquent dans la terre le nom de la fabrique. Cette usine dispose entre autres d'un hangar pour laisser sécher les objets en terre cuite. Cette "usine très importante où l'on fabriquait la tuile et divers autres produits en terre pour l'habitation"[215],tels des "tuyaux et briques en terre cuite"[216] vend une partie de sa production à Dours même.

-Briques fabriquées à Dours entre 1858 et 1878, chez Bonnecarrère.

En 1859, la municipalité commande à "Jean Nérézi, contremaître de M. Bonnecarrère à la briqueterie de Dours 350 briques de Bourgogne", nécessaires à la reconstruction des murs du presbytère[217]. On trouve de telles briques consolidant un mur en pisé dans des maisons rurales telles que "Douctou"/"Herre", et "Beillet", frappées des lettres

"images/B.P."

initiales de Pierre Bonnecarrère et mesurant 22/10,3/5,3. Une brique dont seul le format diffère de cette dernière, toujours marquée "B.P." mesurant 21,4/21/5 cm a aussi été trouvée à Dours. Une autre brique de Bourgogne, elle aussi produite dans cette tuilerie, mesure 21,2/10/5,2 cm. Il est inscrit dessus:

"BONNECARRERE
DOURS HTES P."

CLASS="p"Des tuiles plates "mécaniques" de deux formats fabriquées chez Bonnecarrère ont été retrouvées. Le plus petit format, employé notamment pour la couverture d'un bâtiment annexe du château, mesure 28 cm de longueur sur 21,5 de large. Il est inscrit dessus:

"TUILERIE
BONNECARRERE
DOURS"

-Tuiles de chez Bonnecarrère.

Les autres tuiles, marquées

"BRIQUETERIE
BONNECARRERE
à DOURS HTES PYNEES"

sont plus grandes, (34,5 cm sur 24,8). Elles ressemblent plus, par leur forme, leur dessin, leur taille, aux tuiles contemporaines. Elles sont peu employées dans les habitations rurales, donc sont surtout exportées.

-Tuiles et briques de chez Bonnecarrère

Cette tuilerie est exploitée par un fondé de pouvoir non issu du village, qui est en 1859 Jean Nérézi. En 1863[218], 1866[219] Pascal Cazarré dirige la tuilerie. En 1872[220], c'est Félix Constantin, originaire des Basses-Pyrénées (aujourd'hui Pyrénées-Atlantiques) qui occupe ce poste. En 1876[221], le gérant est Henri Courinel, né à Toulouse. Ces gérants sont installés à la tuilerie (aujourd'hui maison Larroudet) avec leur famille et leurs ouvriers. Pascal Cazarré (que l'on met dans la catégorie "ingénieurs" dans le tableau récapitulatif du recensement de 1866) y vit avec sa femme, ses quatre enfants, et quatre ouvriers appelés domestiques. Félix Constantin avec sa femme, leur fils, et trois domestiques. Avec Henri Courinel, la tuilerie change de physionomie. Il joint à sa famille celles du charron, du briquetier, et deux domestiques. treize personnes en tout sont logées à la tuilerie, dont huit adultes (cinq hommes et trois femmes). Elle est de 1861 à 1878 le premier employeur du village. En 1856, la tuilerie Larré, en 1859 et 1863, celles des frères Sentubéry, sans doute sous le coup de la concurrence de la briqueterie industrielle, disparaissent ou vivotent. Un d'entre eux se nomme toujours tuilier en 1872[222], (à 74 ans) neuf ans après la destruction de sa tuilerie[223]. Son activité est sans doute symbolique. La famille Larré semble, malgré la vente puis la démolition de leur tuilerie en 1856[224], continuer à exercer leur artisanat en 1861, 1872, et 1876[225] (à moins que ce ne soit en tant qu'employés à la briqueterie). En 1877, Pierre Bonnecarrère fait démolir une partie de sa tuilerie

[226]. En 1881, le dénombrement atteste qu'elle ne fonctionne plus et que les bâtiments subsistants sont voués à l'agriculture[227].

C'est un concurrent plus important ("Oustau et Cie" à Tarbes) dont on trouve les briques en grand nombre dans de nombreuses maisons, qui l'a rendue moins concurrentielle, et qui a causé sa fermeture. Outre la marque "Oustau" que portent certaines de leurs productions, les produits de cette fabrique se reconnaissent par une cuisson très forte qui leur donne un aspect brûlé, et une couleur mauve, et paraissent vernis. Cette cuisson les rend très solides, appréciés des maçons, ce qui explique le succès qu'ils ont connu.[228]



[1]. AC DOURS cadastre 1809 et 1914.
[2]. ADHP 2P Dours.
[3]. AC DOURS Délibération 19 Messidor an II.
[4]. AC DOURS Délibération 29 Nivose an III.
[5]. AC DOURS Délibération 9 Vendémiaire an III.
[6]. cf. chapître III.
[7]. AC DOURS Délibération de 1834.
[8]. cf. chapître III.
[9]. Entretien Marie Lozac'h.
[10]. Entretien Marie Lozac'h.
[11]. Entretien Marie Lozac'h.
[12]. D'après HOUSSEL (Jean-Pierre), Histoire des paysans français, Roanne,Editions Horvath, 1976, 549 pages, p. 315.
[13]. ADHP et A DOURS Listes nominatives 1861-1921 AC DOURS Etat-civil 1788-1895.
[14]. ADHP T386 N°311 monographie de l'instituteur de Sabalos, 1887.
[15]. ADHP, monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[16]. Entretien Marie Lozac'h.
[17]. ADHP, monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[18]. GEORGES (Jocelyne), préface de Maurice Agulhon, Histoire des maires 1789-1939, Editions Christian de Bartillat,1990, 285 p.
[19]. WEBER (Eugen), La fin des terroirs, op. cit, p. 290.
[20]. D'après DUBY (Georges)/WALLON (Armand), Histoire de la France rurale, Paris, SEUIL, 1976, 560 pages, p.168.
[21]. Entretien Marie Lozac'h.
[22]. ADHP 7M1.
[23]. ADHP 7M1.
[24]. AC DOURS Questionnaire agricole 1859.
[25]. ADHP, monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[26]. AC DOURS Questionnaire agricole 1859, statistique agricole 1903.
[27]. Entretien Marie Lozac'h.
[28]. LE NAIL, SOULET..., Bigorre, op. cit, p. 86.
[29]. AC DOURS Délibération du 14/02/1864.
[30]. ADHP 6 M 43 Tableau récapitulatif recensement de 1866.
[31]. LE NAIL, SOULET..., Bigorre, op. cit, p. 89.
[32]. DUBY G /WALLON A, Histoire de la France rurale...,op. cit, p.180.
[33]. ADHP 7M 1.
[34]. D'après Larrousse de la langue française, Paris, Larrousse, 1977.
[35]. Entretien Marie Lozac'h.
[36]. Entretien Marie Lozac'h.
[37]. Entretien Marie Lozac'h.
[38]. DUBY G /WALLON A, Histoire de la France rurale...op. cit, p. 182.
[39]. Coll. (LE NAIL, SOULET...), Bigorre, op. cit, p. 97.
[40]. Entretien Marie Lozac'h.
[41]. ADHP 7M 1.
[42]. LE NAIL, SOULET..., Bigorre, op. cit, p. 98.
[43]. ADHP 7M 1.
[44]. LE NAIL, SOULET..., Bigorre, op. cit, p. 98.
[45]. LE NAIL, SOULET..., Bigorre, op. cit, p. 98.
[46]. LE NAIL, SOULET..., Bigorre, op. cit, p. 100.
[47]. ADHP, monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[48]. DUBY G /WALLON A, Histoire de la France rurale...op. cit p. 192.
[49]. LE NAIL, SOULET..., Bigorre, op. cit, p. 98.
[50]. monographie de l'instituteur de l'instituteur de Buzon, citée par LE NAIL, SOULET..., Bigorre, op. cit, p. 100.
[51]. Entretien Marie Lozac'h.
[52]. monographie de l'instituteur de l'instituteur de Buzon, citée par LE NAIL, SOULET..., Bigorre, op. cit, p. 100.
[53]. LE NAIL, SOULET..., Bigorre, op. cit, p. 100.
[54]. ADHP T382 N°120 Monographie de l'instituteur de Chis, 1887.
[55]. Entretien Marie Lozac'h.
[56]. ADHP monographie de l'instituteur de Chis, op. cit.
[57]. DUBY G /WALLON A, Histoire de la France rurale...op. cit p. 186.
[58]. ADHP monographie de l'instituteur de Chis, op. cit.
[59]. Entretien Marie Lozac'h.
[60]. Entretien Marie Lozac'h.
[61]. ADHP 7M 1.
[62]. Entretien Marie Lozac'h.
[63]. ADHP monographie de l'instituteur de Chis, op. cit.
[64]. ADHP 7M 1.
[65]. Entretien Marie Lozac'h.
[66]. ADHP monographie de l'instituteur de Chis, op. cit.
[67]. AC DOURS délibération 27/03/1867
[68]. HOUSSEL (Jean-Pierre), Histoire des paysans..., op. cit, p. 306.
[69]. Questionnaire agricole 1859.
[70]. AC DOURS F Statistiques agricoles ravitaillement 1901-1915.
[71]. HOUSSEL (Jean-Pierre), Histoire des paysans..., op. cit, p. 327.
[72]. HOUSSEL (Jean-Pierre), Histoire des paysans..., op. cit, p. 327.
[73]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[74]. AC DOURS Délibération 29 fructidor an XI.
[75]. ADHP monographie de l'instituteur de Louit, op. cit.
[76]. ADHP T385 N°278 monographie de l'instituteur d'Oléac débat, 1887.
[77]. ADHP monographie de l'instituteur de Chis, op. cit.
[78]. Coll.(LE NAIL, SOULET...), Bigorre, op. cit, p. 90.
[79]. AC DOURS Délibération 26 nivose an II.
[80]. ADHP monographie de Castéra-Lou, op. cit.
[81]. ADHP monographie de Louit, op. cit.
[82]. ADHP monographie de l'instituteur d'Oléac débat, op. cit.
[83]. ADHP 7M 1, Coll.(LE NAIL, SOULET...), Bigorre, op. cit, p. 90.
[84]. Coll.(LE NAIL, SOULET...), Bigorre, op. cit, p. 105.
[85]. ADHP Monographie de l'instituteur de Chis, op. cit.
[86]. Coll.(LE NAIL, SOULET...), Bigorre, op. cit, p.105.
[87]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[88]. ADHP 6M281.
[89]. AC DOURS Délibération des 6, 7, 14, 17 vendémiaire an XI.
[90]. AC DOURS registre des délibérations.
[91]. AC DOURS Enquête agricole 1859.
[92]. ADHP Monographie de l'instituteur de Chis, op. cit.
[93]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[94]. AC DOURS Questionnaire agricole 1859.
[95]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[96]. ADHP monographie de l'instituteur de Chis, op. cit.
[97]. AC DOURS Questionnaire agricole 1859.
[98]. AC DOURS Délibérations diverses.
[99]. ADHP monographie de Louit, op. cit, et de Castéra-Lou, op. cit.
[100]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[101]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[102]. ADHP monographie de l'instituteur de Chis, op. cit.
[103]. HOUSSEL (Jean-Pierre), Histoire des paysans..., op. cit, p. 301.
[104]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[105]. ADHP monographie de l'instituteur de Chis, op. cit.
[106]. ADHP monographie de l'instituteur d'Oléac débat, op. cit.
[107]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[108]. ADHP monographie de l'instituteur de Castéra-Lou, op. cit.
[109]. ADHP monographie de l'instituteur de Sabalos, op. cit.
[110]. ADHP monographie de l'instituteur de Louit, op. cit.
[111]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[112]. ADHP monographie de l'instituteur de Castéra-Lou, op. cit.
[113]. ADHP 7M 13 Syndicats agricoles.
[114]. AC DOURS délibération 1914.
[115]. AC DOURS F Statistiques agricoles ravitaillement 1901-1915.
[116]. DUBY G /WALLON A, Histoire de la France rurale...,op. cit.
[117]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
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[119]. ADHP 6M 281.
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[121]. AC Dours Statistiques agricoles.
[122]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[123]. Entretien Marie Lozac'h.
[124]. AC DOURS recensement du bétail 30 juin 1918.
[125]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[126]. AC DOURS délibération du 2 et du 7 /12/1914.
[127]. AC DOURS Registre unique des chevaux.
[128]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
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[131]. AC DOURS délibération 23/09/1818.
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[134]. AC DOURS délibération du 14/02/1864.
[135]. AC Dours Statistiques agricoles.
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[139]. ADHP 7M1.
[140]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
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[167]. ADHP 7M 825.
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[175]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[176]. Monographie de Castéra-Lou, op. cit.
[177]. ADHP monographie de l'instituteur de Dours, op. cit.
[178]. Monographie de Castéra-Lou, op. cit.
[179]. WEBER (Eugen), La fin des terroirs, op. cit, p. 329.
[180]. WEBER (Eugen), La fin des terroirs, op. cit, p. 329.
[181]. WEBER (Eugen), La fin des terroirs, op. cit, p. 329.
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[193]. ADHP 7M1.
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[200]. DUBY G /WALLON, Histoire de la France rurale...op. cit, p. 278.
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[227]. ADHP 6M 93 Liste nominative 1881.
[228]. Entretien Roger Forcolin.