MONOGRAPHIE D'UN VILLAGE DES HAUTES-PYRENEES: DOURS 1789-1918


THIERRY CENACécrivez-moi

Mémoire de maîtrise préparé sous la direction de M. Rémy CAZALS.
Université de Toulouse-Le Mirail, U.F.R. d'Histoire, septembre 1995.



INTRODUCTION

    N'y a t-il dans une monographie locale que la possibilité d'étudier la généalogie des seigneurs du lieu, ou ses liens épisodiques avec ce que les gens appellent "la grande Histoire"? A cette question, on peut répondre que l'histoire d'un village est celle de sa population, étudiée dans son travail, sa culture, et ses moeurs. Il n'y a cependant pas d'histoire objective. Ni cet ouvrage, ni la monographie de l'instituteur en 1887 ne sont "l'Histoire de Dours". Le choix des documents, de la problématique, les tendances actuelles de l'historiographie, et les intérêts de l'auteur font que ce sujet aurait donné un tout autre résultat s'il avait été mené par une autre personne, ou en un autre temps. D'autres pistes d'étude existent déjà, et d'autres encore vont se développer. Le manque de sources pour les périodes moderne, médiévale, et antique, mon manque de compétences sur ces périodes, limitent mon travail à la phase 1789-1918. Cette dernière borne est suffisamment éloignée pour avoir le recul nécessaire, et permet d'étudier certaines conséquences de la première guerre mondiale. L'instituteur de 1887 dans sa monographie écrit que "Dours est un petit village situé dans la partie nord-ouest du département des Hautes-Pyrénées dans le pays de Bigorre dont il portait encore le nom au XVIIe siècle, (Dours-en-Bigorre)". 1 Cette partie du département, composée de "collines rangées par bandes longitudinales et perpendiculaires à la direction de la grande chaîne" 2 [des Pyrénées], est assez pauvre, en comparaison avec la plaine, toute proche. Elle a aussi le désavantage d'avoir, à cause du relief, des chemins impraticables l'hiver.Dours est pendant la Révolution un village aux maisons aux toits de chaume, déjà surpeuplées, en butte aux problèmes de subsistance, aux réquisitions en nature, en hommes. Il est isolé du reste de la France, et, pour sortir du département, de très rares villageois demandent un passeport pour l'intérieur. Le français, l'éducation, sont très peu répandus, et l'influence du clergé prépondérante. Un ancien système de succession inégalitaire des biens en vigueur dans la région est un anachronisme alors que l'égalité est une des bases des idées révolutionnaires. Comment ce village bigourdan reculé est il en 1918 devenu un village français à part entière? Cette transformation est la toile de fond de cette période, que nous étudierons sous les angles de la famille, de la vie communautaire, de la démographie, et de l'économie. La famille, régie par des coutumes anciennes consacrant l'immobilisme, l'autorité du chef de famille, l'inégalité se trouve en contact avec de nouvelles idées. La force des habitudes, la nécessité, font qu'elle subsiste dans ses formes anciennes, mais seulement en apparence, car son essence est de plus en plus contestée. Nous nous demanderons ensuite comment l'éducation, la politique, la religion, ont traversé ce siècle de révolutions démographiques, économiques, et politiques, propices aux conflits, et aux troubles. La population de Dours est passée de 198 habitants en 1794, à 275 en 1851. Elle a ensuite diminué jusqu'à atteindre 150 habitants en 1921. Les bouleversements démographiques profonds qu'illustrent ces chiffres se sont déroulés sur une période courte. Les causes de cette croissance et de ce recul sont elles plus le mouvement naturel de la population ou les déplacements de celle-ci? L'étude de la natalité et de la mortalité permet de dégager le solde naturel, témoin de la vitalité du village. La transition démographique peut être ainsi suivie, au moins dans ses dernières années. Ces chiffres, comparés avec l'évolution de la population permettent de connaître l'ampleur des mouvements migratoires, qui se traduisent par des conséquences économiques. Ce village cloisonné a été confronté à la difficulté de nourrir, de loger un nombre de personnes relativement important. Dans quelle mesure a t-il réussi? En a t-il profité pour moderniser son agriculture, son artisanat, ou a t-il conservé des archaïsmes tout au long de la période étudiée?

carte du département des Hautes-Pyrénées, fin XIXe siècle

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© Thierry Cénac.2000